Time Capsule

Eduardo Kac, “Time Capsule”, 1997.

C’est en 1997 que le terme Bio Art émerge dans l’article “Artista põe a vida em risco” traitant notamment de l’œuvre “Time Capsule” d’Eduardo Kac. Et c’est plus précisément le 11 novembre de la même année à 22:00 heures (heure de Sao Paulo) que l’artiste s’implante une puce RFID dans la jambe alors qu’il est filmé et diffusé en direct sur une chaîne de télévision brésilienne. Par la suite, l’artiste renseigne, en ligne, la base de données destinée à l’identification des animaux égarés. Ce faisant, il fusionne en tant que “processeur” avec l’animal de compagnie qu’il est virtuellement devenu car le microcircuit est porteur du numéro qui fait lien. On peut considérer qu’Eduardo Kac, par cet acte à la portée symbolique évidente, s’auto-archive lorsqu’il intègre la part de technologie qui se prolonge sur l’Internet. Sa jambe gauche, lorsqu’elle est scannée, continue de délivrer le matricule qui témoigne de cet archivage par l’injection. Quant aux champs “Owner” et “Pet”, ils gardent les traces de l’intégration réelle du technologique dans l’humain comme celles de la fusion symbolique entre l’homme et l’animal.

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L’ordigami

Etienne Cliquet, “Folder@ciup”, 2008.

L’ENIAC (Electronic Numerical Integrator Analyser and Computer), premier ordinateur entièrement électronique, est présenté au public en 1946. Soit un an après que Vannevar Bush ait défini son mémex tel un « dossier-bibliothèque personnel mécanisé ». Aujourd’hui, sur nos ordinateurs, tout commence par des “dossiers” qui se poursuivent sur l’Internet en autant de répertoires. Même nos bureaux sont des “Desktop Folder”. Mais d’où vient donc ce terme “Folder” ? Etienne Cliquet, qui pratique l’Ordigami consistant selon lui à plier des origamis pour mieux appréhender la société de l’information au sein de laquelle nous évoluons tous, rappelle sur son site que « Le pliage le plus simple qui existe est sans doute le dossier parce qu’un simple pli et une feuille se transforme en dossier, d’où son nom anglais : “Folder” (du verbe “to fold”, plier) […] Plier une chose sert ordinairement à la ranger, la stocker […] Le geste élémentaire de plier, du latin « Plicare », convoque en effet les notions d’implicite, d’explicite, de complexe, d’impliqué ou d’appliqué, et permet de saisir de multiples concepts au cœur de la société de l’information ». Et c’est en 2005 que celui-ci initie sa pratique du pliage en archivant toutes ses recherches, par le texte comme par l’image, à l’adresse ordigami.net qui, à elle seule, suffit à évoquer le monde des ordinateurs, de l’origami et de l’Internet. Il présente régulièrement son travail d’artiste lors d’expositions ou de conférences même s’il en est qui considèrent que son œuvre est le site où il archive méticuleusement ses pensées indissociables de ses créations, étape par étape.

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Du privé vers le public

Hasan Elahi, “Tracking Transience”, 2009.

Rendre sa vie privée publique, en la publiant sur l’Internet, permet à l’artiste américain né au Bangladesh Hasan Elahi de préserver sa liberté. Celui-ci a initié sa pratique obsessionnelle de l’archivage immédiat suite à une erreur commise par le FBI, en 2002. L’artiste, à cette époque, est déjà très sollicité aussi il voyage beaucoup et c’est dans un aéroport qu’il est arrêté car injustement soupçonné de dissimuler des explosifs quelque part aux Etats-Unis. Il ne sera relâché qu’après une série d’interrogatoires induisant l’usage de polygraphes. Depuis, il est tenu d’informer les membres du bureau lorsqu’il voyage. Qu’à cela ne tienne, car il n’est pas un voyage effectué depuis son arrestation qu’il n’ai documenté par l’image sur son site Web. Même sa position, sur la planète, est publiée en temps réel. Il suffit de se rendre sur “trackingtransience.net” pour la connaître. Il apparaît, à l’heure où je m’apprête à poster cet article, que l’artiste est quelque part à l’Est de Washington DC. Qu’y fait-t-il ? Peut-être est-il en train de donner une conférence universitaire sur la pratique artistique de l’auto archivage immédiat… Voilà qui rassurerait les informateurs du Pentagone que l’artiste traque à son tour lorsqu’ils visitent son site Web. Toujours est-il qu’en publiant sa vie privée sur le Web, Hasan Elahi réveille la part de voyeurisme qui sommeille en chacun de nous, dans l’attente de quelques réactivations, sur Youtube, comme sur Facebook.

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L’art du recyclage

Agnieszka Chojnacka “The Never Ending Project”, 2010.

Maurice Benayoun sait que les contenus qu’il dépose sur l’Internet sont susceptibles d’être recyclés et va même jusqu’à le souhaiter. Il a, comme tous les artistes ou presque, un site qui lui permet de communiquer. Mais il entretient aussi un Blog et a, pendant plus d’une année, archivé quasi quotidiennement des idées d’œuvres non encore réalisées. “The Dump”, qui signifie “décharge” en anglais, est accessible à tous. Certains commissaires d’exposition y font leur marché avant de solliciter l’artiste pour d’éventuelles réalisations ou diffusions. Ainsi toutes les œuvres de la récente exposition “The Dump – Recycling of thoughts” de Gdansk, en Pologne, ont été réalisées par des artistes internationnaux qui se sont saisis de la “décharge” de Maurice Benayoun dont le nom n’apparaît même pas sur l’affiche de l’événement. Et de l’idée originale “Black Hole” de Maurice Benayoun est née l’œuvre “The Never Ending Project” d’Agnieszka Chojnacka. Car la publication d’archives audio, vidéo ou textuelles induit l’acceptation de l’idée que d’autres, peut-être, s’en saisiront pour faire œuvre, à moins que l’acte de rendre public ne soit envisagé comme une pratique artistique à part entière.

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Bonjour tout le monde

Christopher Baker, “Hello World !”, 2008.

Les journaux intimes auxquels on s’adressait autrefois en les tutoyant « Mon cher journal » ont été progressivement remplacés par les multiples services qui sont apparus durant les années 2000 et qui ont activement contribué à l’émergence de ce que l’on nomma alors le Web 2.0. Aujourd’hui on archive désormais par soi-même textes, images et vidéos à la vitesse où on les rend public, accessibles à tous, y compris aux artistes qui se les approprient pour les diffuser ailleurs ou autrement. Christopher Baker fait partie de ceux-là. Il a commencé par collecter des centaines de milliers de séquences commençant par « Bonjour tout le monde » pour les assembler au sein d’une installation vidéo murale intitulée “Hello World!”. Il opère ainsi un renversement quand ceux, généralement seuls, qui croyaient s’adresser au monde entier sont regroupés pour ne s’adresser finalement qu’aux seuls visiteurs d’une exposition. Quant au visiteur, incapable de focaliser son attention sur un message plutôt qu’un autre, il sait maintenant que tout ce qu’il dépose sur l’Internet est susceptible de faire œuvre.

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Le Mémex

« Imaginez une machine du futur dédiée à un usage personnel et qui soit une sorte de dossier-bibliothèque personnel mécanisé. Il faut lui donner un nom, et, puisqu’il faut en inventer un au hasard, nous choisirons “mémex”. Un mémex est une machine dans laquelle une personne peut enregistrer tous ses livres, ses archives et sa correspondance, et qui est mécanisée afin de pouvoir être consultée extrêmement rapidement et avec une très grande flexibilité. C’est une annexe intime et agrandie de sa mémoire. » Vannevar Bush, Comme nous pourrions le penser, 1945.

Ted Nelson connaît-il la description du Mémex lorsqu’il invente le terme hypertexte en 1965 ? Mais il faut attendre le début des années 1990 pour que notre relation à l’archivage et à la diffusion d’informations soit bouleversée par une autre invention que l’on doit à Tim Berners-Lee : l’Hypertext Transfer Protocol. Pour qu’en 2005 YouTube s’exclame : « Broadcast Yourself ».

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